La Sainte Cène (Jean Calvin)

La Sainte Cène (Jean Calvin)

Petit traité de la Sainte Cène (Jean Calvin)

« Ainsi en est-il de la communion que nous avons au corps et au sang du Seigneur Jésus. C’est un mystère spirituel qui ne peut se voir à l’œil, ni être compris par l’entendement humain : il nous est donc figuré par des signes visibles, selon que notre faiblesse le requiert, néanmoins de telle sorte que ce n’est pas une simple figure, mais une figure conjointe avec sa vérité et sa substance. C’est donc à bon droit que le pain est nommé « corps », puisque non seulement il nous le représente, mais aussi nous le présente. Aussi considérons-nous bien que le nom du corps de Jésus-Christ est transféré au pain, puisqu’il en est le Sacrement et la figure.

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la Sainte Cène

Mais nous ajouterons pareillement, que les Sacrements du Seigneur ne doivent ni ne peuvent d’aucune manière être séparés de leur vérité et substance. Les distinguer afin qu’on ne les confonde pas, cela est non seulement bon et raisonnable, mais absolument nécessaire. Mais il serait illégitime de les séparer pour constituer l’un sans l’autre. Quand donc nous voyons le signe visible, il nous faut regarder ce qu’il représente et de qui il nous est donné. Le pain nous est donné pour nous figurer le corps de Jésus-Christ, avec le commandement de le manger. Et il nous est donné de Dieu, qui est la vérité certaine et immuable. Si Dieu ne peut tromper ni mentir, il s’ensuit qu’il accomplit tout ce qu’il signifie.

Il faut donc que nous recevions vraiment en la Cène le corps et le sang de Jésus-Christ, puisque le Seigneur nous y représente la communion à l’un et à l’autre. Car, autrement, qu’est-ce que cela voudrait dire, que nous mangeons le pain et le buvons le vin en signe que sa chair nous est nourriture et son sang breuvage, s’il ne nous donnait que le pain et le vin, laissant la vérité spirituelle derrière ? Ne serait-ce pas à fausses enseignes qu’il aurait institué ce mystère ? Nous avons donc à confesser que si la représentation que Dieu nous fait en la Cène est véritable, la substance intérieure du Sacrement est conjointe aux signes visibles : de même que le pain nous est distribué dans la main, de même le corps de Christ nous est communiqué, afin que nous en soyons faits participants.

Quand bien même il n’y aurait rien d’autre, nous avons ample matière de nous contenter quand nous entendons que Jésus-Christ nous donne, dans la Cène, la propre substance de son corps et de son sang, afin que nous le possédions pleinement et, le possédant, ayant part à tous ses biens. Car, puisque nous l’avons, toutes les richesses de Dieu, qui sont comprises en lui, nous sont présentées pour qu’elles soient nôtres. »

Jean Calvin, Petit traité de la Sainte Cène. (Adaptation moderne : Harald Chatelain et Pierre Marcel). Paris, Les Bergers et les Mages, 1997. Pages 46-47

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